Interview complète d’Uriel Jaouen Zrehn

Uriel Jaouen Zrehn Du Plomb dans l’aileUn an après…

Lors de la 38ème édition du Festival du Film Court de Grenoble, en 2015, Uriel Jaouen Zrehn gagne le Prix d’aide à la création pour son court métrage Du plomb dans l’aile. Qu’en est-il de ses avancées, de ses projets, de ses accomplissements un an après la réception de ce prix ?

  • Pouvez-vous nous faire un bref résumé de votre film ?

       Du Plomb dans l’aile, c’est l’histoire d’un burkinabé sans papiers qui passe de l’enfer au paradis, pendant quelques jours, le temps d’un mensonge. A partir du moment où ce dernier parvient à se détacher de l’étiquette de sans-papier qui lui colle à la peau, tous les obstacles aux rapports humains disparaissent.

  • Avez-vous le sentiment que le message principal du film a été bien compris par le public ?

La projection à Grenoble était la première projection et j’ai eu la grande chance d’avoir une rencontre avec le public et un retour de sa part. Je pense que le message est passé, que ça a bousculé, frappé, que ça a soulevé des interrogations. Ce qui est très intéressant. Ce n’est pas tant un message que j’essaye de faire passer mais plus un ressenti, je veux faire créer un questionnement.

  • Pensez-vous que le sujet sensible et complètement ancré dans les problèmes sociaux actuels a pu accroitre l’impact que le film a eu sur le public ?

J’ai l’impression que le film est sorti avant toutes les polémiques et toute l’actualité d’aujourd’hui qui concerne l’immigration. Des retours que j’en ai eu, c’est surtout le regard ni angélique, ni en surface sur un immigré qui a touché. Un immigré n’est pas forcément un ange mais il est traversé par des tensions et c’est cela que j’ai voulu creuser. Ce qui a touché, c’est le regard sur un homme dans la galère, à qui il arrive de voler, mais dont on sent bien qu’il est traversé par quelque chose de profond et plus noble. Il fait des choses mal, mais il est traversé par des choses qui sont beaucoup plus douloureuses.

  • Comment avez-vous vécu et ressenti le festival (ambiance, diffusion en plein air, proximité avec le public) ? Seriez-vous prêt à retenter l’expérience ?

Ce festival est un festival génial, Grenoble est une ville où je ne n’étais jamais venu et qui est très belle. La place et les terrasses sont pleines, il fait beau et les projections sont de bonne qualité. Le Festival du Film Court en Plein Air permet une rencontre avec le public, ce qui est super pour un réalisateur qui montre un premier film.

  • Un an après quel bilan pouvez-vous faire suite à votre récompense ? La diffusion de votre court métrage sur histoire courte de France 2 est-elle une conséquence du prix que vous avez reçu l’an dernier ?

C’était la première sélection du film, et en plus avec un prix d’aide à la création, ce qui a été un moteur. Peu de festivals visionnent des films aussi longs (environ 30 minutes ). Ceux qui le font sont des festivals audacieux et courageux. J’ai également envoyé Du Plomb Dans l’aile  à Clermont-Ferrand qui l’a sélectionné, ce qui incita sa rediffusion sur Histoire Courte de France 2. Ensuite, le film a été sélectionné aux festivals de Nice et de Rennes.

  • Quels conseils donneriez-vous aux participants et futurs participants du festival ?

J’ai deux conseils. Premièrement, il ne faut pas hésiter à envoyer un film, que la réponse soit non ou oui. C’est important de recevoir des avis positifs et négatifs, cela questionne sur les envies de faire des films et permet d’ être plus solide face aux retours si c’est négatif. Le film existe à partir du moment où il est envoyé, le réalisateur assume et a envie de partager, s’il n’en a pas l’envie ça ne sert à rien de le faire. Deuxièmement, il ne faut pas se prendre la tête pour un festival. C’est cool, il ne s’agit que de partages et de rencontres. Il faut y aller pour rencontrer et profiter.

  • Ce prix vous a-t-il donné envie de faire de nouveaux courts métrages ? Ou même de passer aux longs métrages ? Quels sont vos plans pour le futur ?

Depuis la fin du festival, j’ai réalisé 5 courts-métrages (en Finlande, à Paris, en Israël, et un autre à Paris sur le thème de l’immigration russe). Ce prix a été un tremplin personnel et existentiel. Ce festival a sélectionné mon premier film produit dans les règles de l’art, et cela a été un encouragement énorme. Le festival a eu un impact énorme sur mes envies de créer et de partager des choses avec le public. Cela a été une consécration car j’ai réussi à partager mes envies.

J’ai plusieurs courts métrages en production et un long métrage en développement.

Ce dernier va clairement s’inscrire dans la continuité de Du plomb dans l’aile.