Interview complète de Lionel Auguste

  • Pourriez-vous nous faire un bref résumé du film Le Mécène ?

Antoine rentre chez lui et découvre sa femme au lit avec un inconnu. Alors que l’amant s’éclipse rapidement, Antoine attend Mélanie dans le salon. Mais la dispute attendue n’a pas lieu, et un étrange jeu commence…

  • Que voulez-vous transmettre au spectateur ?

Oh, vous savez, je n’ai pas l’ambition ni la prétention d’avoir un message à transmettre à travers cette comédie un peu cynique.

Disons que si le spectateur se fait balader par le scénario comme mon personnage principal se fait balader par Antoine, alors le pari est réussi.

  • D’où vous est venu l’idée du scénario ?

A un moment donné de ma carrière de comédien, une période où je ne travaillais pas assez, j’ai été tenté de me tourner vers mon autre passion, la photographie. Mais en discutant avec des photographes pros, je me suis vite rendu compte que le numérique avait fait beaucoup de mal au métier. J’aurais certainement quitté un métier instable pour un métier encore pire…mais au passage j’avais eu cette idée de scénario.

Le reste, et notamment la musique de Gotan Project, la Patagonie, ce sont des choses que j’ai en adoration en moi depuis des années. Quant à l’industrie du péage d’autoroute, je me suis juste inspiré de la vie professionnelle de mon père qui travaille dans ce domaine… à Meylan !

  • Cherchez-vous à pointer du doigt à travers ce film un phénomène de société en lien direct avec l’argent, la corruption dans le monde de la culture ?

Non, encore une fois, je n’ai pas cette ambition. Ça n’est pas un film coup de poing ou engagé, juste une comédie de situations, avec une chute finale que j’espère inattendue et surprenante. Mais il est vrai qu’il amène un peu à se poser la question du financement de l’art, et de la moralité parfois douteuse des gens de la Culture. Comme dans tous les domaines, en somme…

  • Vous êtes à la fois réalisateur et acteur principal du film ? Pourquoi avoir fait ce choix ? Comment s’est de ce fait passé le tournage ?

Je vous corrige, pour moi le rôle principal du film ce n’est pas le personnage que j’interprète, mais celui de Jean-Paul. En tout cas j’ai construit mon film depuis le début avec cette idée : il faut que les spectateurs s’identifient à lui. Après, c’est vrai qu’en cumulant la production, la réalisation et la comédie, j’ai eu à gérer beaucoup de paramètres, parfois dans la même minute ! Mais vous savez, de la même manière qu’on n’abandonne pas ses enfants, je n’ai jamais imaginé confier le scénario à un autre réalisateur ou le rôle que j’interprète à un autre comédien. Question de contrôle, j’avais mon film en tête, je devais le diriger.

Sur le tournage cela s’est très bien passé parce que j’ai eu la chance d’être entouré d’une équipe de dingue, quand je repense à tous ces gens qui ont mis leur temps, leur énergie, leur talent et leur créativité au service de mon scénario, je n’en reviens toujours pas…

  • Que suscite chez vous la sélection du court-métrage en festival et particulièrement dans celui de Grenoble ?

Grenoble est le premier festival auquel j’ai soumis mon film, et c’est donc une première sélection, quand je lis que les sélectionneurs ont reçus quelque chose comme 5000 films, qu’ils en ont sélectionné 34 en compétition et que Le Mécène en fait partie, je suis forcément très fier pour toute mon équipe, comédiens, techniciens et figurants qui ont travaillé bénévolement sur ce projet. Cette sélection vient récompenser tous les efforts depuis un an.

Et puis, évidemment pour moi qui suis né à Saint-Martin-d’Hères, qui ai passé les 20 premières années de ma vie ici, qui suis allé au lycée Champollion, et qui ai encore toute ma famille dans les environs (Crolles, Claix, Varces, Uriage…) être sélectionné à Grenoble, nondegu de nondegu, quel bonheur !

  • Le final de votre court-métrage relève de la comédie. Pourquoi ce choix ?

En écrivant le scénario, ça s’est imposé à moi, sans doute parce que je préfère naturellement me marrer. La scène de la galerie est propice à bien des moments de gêne et de fausses pistes, je voulais en profiter pour perdre et faire rire le spectateur. Au final, j’ai fait le choix de « racheter » mes personnages, le salaud n’est pas si salaud, sa victime s’en tire avec les honneurs… Et puis ça me permettait de jouer avec les ambiances et les lumières, la première partie du film a été traitée comme un thriller (musique suspense, lumières à dominante bleue, cadres rapides) alors que la fin est plus chaude, veloutée et jazzy.

  • Comment avez-vous fait le choix des acteurs ?

Pas de casting, ce sont tous des gens que j’avais croisé dans le métier au cours de précédents projets ou des gens qui m’avaient été recommandés par des amis de confiance. J’ai juste suivi mon intuition et mon envie de travailler avec ces comédiens et comédiennes que j’estime, et qui sont en plus remplis d’humour et d’humilité, qualités essentielles quand on tourne un court-métrage auto-financé J.

Quand je vois que des comédiens comme José Paul, qui a une immense expérience au théâtre, ou comme Benoit Allemane dont la voix est très très connue, m’ont fait l’amitié de participer au projet, et avec quel engagement, quelle chance j’ai eu !