interview complète de Boureima Nabaloum

Interview réalisée pour la présentation du film en compétition Un coup de balai sur le pont. 

  • Pourriez-vous nous faire un bref résumé du film ?

Les habitants d’un quartier pauvre séparé par un fleuve mouvementé du reste de la ville, décident de se réunir pour construire un pont qui leur permettrait d’accéder aux bienfaits du centre-ville.
Un leader s’impose à coup de promesses.
Mais alors que le chantier avance, le leader grossit jusqu’à bloquer entièrement le passage.
Une nouvelle lutte doit alors commencer. Une résurrection populaire contre la dictature, en quête de la démocratie.

  • Quel message souhaitez-vous faire passer à travers ce film ?

La construction d’une société responsable, au service de ses citoyens, ne se réalise pas à coup des promesses. Tant qu’on suit aveuglement un chef autoproclamé ou un système qui s’impose, l’avenir aura l’image d’un passage de fortune. Une prise de conscience collective est vitale pour aboutir aux idéaux communs.

  • L’utilisation de l’image du pont semble du registre de la métaphore, que symbolise-t-elle pour vous ?

Le pont, c’est la transition, le passage d’un état à un autre, politique, social, sociétal, économique. Et il ressemblera à une passerelle bancale et éphémère tant que sa construction se limite à une simple exécution de tâches, rythmée par un dictateur en quête de pouvoir absolu.

 

  • Comment avez-vous réalisé ce film (écriture du scénario, techniques de réalisation…) ?

Le film a été réalisé dans le cadre du concours « Filmer les passages dans les villes africaines » organisé par l’Institut pour la ville en mouvement. J’avais proposé l’idée du film et le contexte au jury du concours et puis nous avons écrit le scénario avec les producteurs qui m’ont accompagné dans ce projet. La charte graphique est inspirée de mes oeuvres réalisées à l’acrylique. Les textures de mes toiles ont été photographiées et retravaillées sur Photoshop avant d’être intégrées dans les animations TVpaint. Le tout monté par la suite dans After Effects et Premiere.

  • Pourquoi avoir fait le choix de l’animation pour ce film ? Qu’est-ce que cette particularité formelle vous permet de faire en plus ?

Notre quotidien est saturé d’images réelles, de vidéos, de snapchats, etc. Souvent les messages importants se noient dans ce flot d’information sans donner le temps de se poser et de réfléchir aux informations réellement transmises. L’animation permet justement ce temps de pose, de réflexion, de construction. Puis, l’animation donne une palette interminable des moyens d’expression ( d’idées, de sentiments, de points de vue).

  • Pourquoi avoir fait le choix d’utiliser des rimes pour renforcer le message ?

L’idée n’est pas de renforcer le message par des rimes. J’ose espérer que pour ceux qui sont plus ou moins informés du contexte, les images suffisent à elles-mêmes pour comprendre le message. Pour moi il était important de laisser s’exprimer les artistes venant de différents horizons (le slameur burkinabé Valian, très engagé dans les mouvements populaires; le musicien Djoufo Traore, homme orchestre d’instruments traditionnels,  qui termine le film par l’hymne national écrit à l’époque de Thomas Sankara ; et toute l’équipe d’animateurs, dont moi-même, qui vient de l’univers des arts plastiques, de la BD, de la caricature) A l’image du peuple du film, les artistes se sont réunis autour de ce projet pour aboutir à une oeuvre accomplie. J’espère que nous l’avons réussi un minimum.

  • Qu’est ce qui a motivé votre désir de faire ce film ?

Le contexte du pays, l’envie de faire passer un message à toute une génération qui peut avancer et faire avancer la société. Cette génération qui doit prendre conscience du pouvoir qu’elle détient une fois unie, et la manière dont ce pouvoir pourrait être utilisé au service du pays, du continent, du monde.

  • A quelle Histoire le film fait-il écho ?

Un coup de balai sur un pont  est un film d’animation qui met en exergue le pont Martin Luther King JR, à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, qui sépare les barrages numéros 02 et 03 situés à Tanghin. Ce pont est un véritable connecteur entre les populations des quartiers populaires de Tampouy et Tanghin et de ceux du centre-ville, quartiers administratifs, quartiers d’affaires. Il voit passer des milliers de gens par jour.
Le  31 octobre 2014, jour fatidique de l’insurrection populaire qui voulait balayer  le régime de dictature du président Blaise Compaoré, ce pont a été le théâtre d’une course poursuite interminable et décisive, entre les forces de l’ordre et les manifestants qui a conduit finalement au triomphe du peuple et de la démocratie.

  • Quel est votre ressenti concernant la sélection de votre film dans la catégorie Compétition?

Je n’ai pas fait ce film pour gagner des prix, mais je suis extrêmement reconnaissant au comité de sélection d’avoir trouvé que Un coup de balai sur le pont méritait d’être vu par un grand public (D’autant plus que les projections se passent en plein air)